Pour que le public puisse investir digitalement les lieux culturels

A l’heure où le secteur culturel est à l’arrêt (mais l’est-il vraiment ?), la question de la continuité des missions des acteurs culturels devient prioritaire. Comment assurer celle-ci ? Que mettre en valeur ? Et quelles approches privilégiées ?

Fort de leur richesse artistique, les lieux culturels ont de nombreuses ressources : œuvres, artistes, thématiques, métiers etc. Et pour valoriser celles-ci, trois approches semblent coexister :

  • Conserver l’esprit présentiel des lieux en accueillant le public en live.
  • Proposer aux publics des médiations autour de la programmation/des collections.
  • Créer des projets participatifs.

1. Conserver l’esprit présentiel des lieux en organisant en live des échanges avec les artistes, des lectures de texte, du streaming, des visites etc.

Ainsi vous pouvez prendre des billets pour Splendid’s de Jean Genet, une création artistique live sur Zoom, vous inscrire à la lecture live d’une pièce de la Comédie Française ou visiter une exposition.

Arthur Nauzyciel recrée Splendid’s de Jean Genet en live sur Zoom

Les artistes et les équipes des lieux ainsi poussés à expérimenter explorent les outils digitaux. Fascinant foisonnement d’initiatives, les approches expérimentales se heurtent à nos habitudes souvent conventionnelles, elles nécessitent parfois un accompagnement et surtout des moyens. Pour faire un live, il faut des artistes/intervenants, des techniciens, du matériel etc..

Or la question des moyens est centrale ! Alors que maintenir le fragile équilibre économique des lieux s’impose, quels moyens alloués pour assurer la continuité des missions ? Faut-il monétiser ces initiatives ? Comment les monétiser ? A l’heure de l’expérimentation, il est peut-être un peu tôt pour demander au public de payer. Mais bientôt ?

2. Proposer aux publics des médiations autour de la programmation, des collections : vidéos, jeux interactifs, livrets, quiz, « Le saviez-vous », cours en ligne, podcasts, etc.

On constate ici une véritable vitalité des lieux. Fort de leur expertise, ils produisent des médiations aux formes multiples s’adressant à tous les publics. L’animation quotidienne des communautés via les réseaux sociaux vient soutenir la visibilité de ces initiatives.

Quelques exemples ci-dessous :

Café expo, un rdv vidéo pour parler de l’exposition de Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton
Site interactif entièrement dédié à l’exposition « Anticorps » au Palais de Tokyo

Si les institutions assurent la continuité de leurs missions, l’aspect formel des médiations reste encore inégal. Certains lieux avaient déjà investi dans le numérique et réalisé des médiations interactives avant mars 2020 avec plus ou moins de succès. Plus généralement, faute de temps et de moyens, les équipes ont recyclé les contenus existants. Pour les retrouver sur les sites, cela vire parfois au jeu de piste. Est-ce un manque de moyen ? Un manque d’investissement dans les nouvelles technologies ? Surement les deux.

Au-delà de la forme, la question du fond se pose également. Comme le souligne Isabelle Grassart, responsable de l’action éducative du musée d’Art Moderne de Paris :

« Comment éviter le piège du loisir créatif là où notre mission est de donner à voir et à comprendre les collections du musée ? »

Quotidien des Arts (17/04/20 – N°1931)

3. Créer des projets participatifs

C’est le cas du Théâtre National de la Colline qui propose de réaliser une oeuvre collective (Papiers brodés) ou de se faire passeur d’histoire (Bouche-à-oreille). Le public continue ainsi à participer à la vie du lieu. Cette alternative, riche de sens et de poésie, utilise l’Internet pour communiquer avec le public mais ne nécessite ni ordinateur ni réseau pour y participer. Car si assurer la continuité des missions passe par l’accès à l’Internet, ne laisse-t-elle pas de côté ceux qui n’y ont pas accès ?

Ces constats et questions me rendent optimiste. A l’heure où les lieux culturels ouvrent leurs portes digitales, il reste encore beaucoup à inventer pour que le public puisse investir digitalement les lieux. En cette période compliquée, la culture n’est-elle pas en train de franchir un pas « en ligne » de plus vers sa démocratisation ?